Courcemont

Cet objet est intéressant à plusieurs titres, il induit en même temps qu’une analyse gnomonique, une investigation sur l’origine du cadran. Tout examen d’un cadran solaire, et où qu’il soit, devrait toujours s’accompagner d’une recherche historique sur l’objet ainsi que  sur l’environnement dans lequel il avait été conçu. Bien des erreurs seraient évitées au moment des réhabilitations surtout dans le domaine des édifices publiques.
Mais aussi le chemin parcouru par cette ardoise avant d’arriver au Mans, comme pour bien d’autres, est révélatrice de l’attachement des individus à notre  « Petit Patrimoine ».   Si du point de vue gnomonique ce cadran n’a rien d’exceptionnel, la  découverte en Sarthe d’un cadran solaire possédant en même temps que la partie horaire de la journée, des éléments du comput  ecclésiastique avec les épactes et les lettres dominicales, reste un bon sujet à exploiter.

La table : Afin de rendre plus claire la description des différentes parties, introduisons des repères numérotés.

 

 

Dans la partie supérieure, au centre :

1 – Trois rosaces symboles rencontrés dans les religions « Fleurs de Vie »

Grand coeur central

2 – En dessous un très grand cœur enveloppant deux petits cœurs disposés symétriquement par rapport à l’axe vertical du cadran.

3 – Dans un cercle au milieu le M du pôle méridional dans l’hexagramme

4 – Verticalement une inscription : fait en l’an 1800. (Un chiffre 7 a été effacé ???).

       A partir du centre C :

5 – Une série de 10 petits hexagrammes concentriques dans une couronne hachurée

6 – Les lignes des heures ayant pour origine le centre C, de 1 heure en 1 heure.

7 – Une couronne des ½ heures.

8 – Une couronne pour les ¼ heures, la division de 5 en 5 minutes.

Au pourtour à gauche en  chiffres Romains des heures de l’après-midi de I h à VIII h du soir. A droite les heures : de IIII h du matin à Midi.

A gauche et à l’envers sur la photo 9, un petit tableau sur trois colonnes, comportant :

  1. La date de l’année considérée
  2. L’épacte attribuée
  3. La lettre dominicale

Photo 9

Le tableau d’ailleurs est erroné, la  colonne qui fait suite à l’année, est gravée ept, la suivante Lett, elles sont donc inversées.

Ces éléments présentés dans un petit tableau, pouvant être considérés comme un rappel de notions liées au calendrier ecclésiastique, sans rapport avec la recherche gnomonique de l’ensemble.  Pour combler mes lacunes une recherche dans le Rituel du Diocèse du Mans de 1775 , nous sera plus efficace.   Dans cet ouvrage, la Table du Temps comporte entre autres, les épactes et lettres dominicales depuis 1773 jusqu’à 1810. Ensuite les différents Annuaires du Département de la Sarthe permettront de vérifier si les données gravées sont exactes.
Le comput était utilisé pour régler les fêtes religieuses et en particulier pour fixer la date de Pâques, liée à la lune. Cette date se détermine dans le calendrier grégorien au moyen de la lettre dominicale et de l’épacte.
D’où la composition d’un tableau avec les données du cadran Maufay, et parallèlement :
1-les calculs réalisés sur ordinateur , 2-le Rituel Diocèse d’Evreux , 3-Rituel diocèse du Mans jusqu’en 1810, 4-Annuaires du Département jusqu’en  1820. Ce tableau  permettant de mettre en relief quelques différences quant aux chiffres et lettres employées pour le cadran de Maufay, erreurs de connaissances locales, défauts de gravures ou les deux à la fois?

Tableau comparatif des quatre sources connues :

Années

Cadran Maufay

Calculs ordinateur

Diocèse Evreux

Rituel Diocèse
Le Mans 1775

Annuaires du
Département

Années

L.D

E

L.D

E

L.D

E

L.D

E

L.D

E

1800

ed

4

E

4

E

IV

e

iv

1801

d

16

D

15

D

XV

d

XV

1802

C

26

C

26

C

XXVI

 c

XXvj

C

XXVI

1803

B

7

B

7

B

7

  b

Vij

 B

VII

1804

A G

18

G

18

AG

18

Ag

XViij

AG

XViij

1805

F

27

F

0

F

*

 f

*

 F

0

1806

E

8

E

11

E

11

e

Xj

 E

XI

1807

d

19

D

22

D

XXII

d

XXij

1808

CB

30

B

3

CB

III

 cb

iij

 CD

III

1809

G

11

A

14

A

XIV

A

Xiv

 A

XIV

1810

B ?

22

G

25

G

XXV

g

XXV

G

XXV

1811

F

3 ?

F

6

F

VI

 F

XXVI

1812

EG

13

D

17

ED

XVII

XVII

1813

C

24

C

28

C

XXVIII

 C

XXVIII

1814

B

28

B

9

B

IX

B

IX

1815

A

5

A

20

A

XX

 A

XX

1816

GF

16

F

1

GF

1

GE

I

1817

E

27

E

12

E

XII

E

XII

1818

d

8

D

23

D

XXIII

D

XXIII

1819

C

19

C

4

C

IV

C

IV

1820

BC

30

A

15

BA

XV

AB

XV

1821

G

11

G

26

G

XXVI

1822

F

22

F

7

F

VII

1823

E

3

E

18

E

XVIII

1824

dc

24

C

0

DC

*

1825

B

5

B

11

B

XI

1826

A

16

A

22

A

XXII

1827

G

27

G

3

G

III

1828

E

14

FE

XIV

Mais les propos de la page 8 du Rituel du Mans imprimé en 1775, sont  peut-être déjà une première explication et une ‘excuse’ aux anomalies observées :
« Un motif pressant nous en a fait sentir la nécessité, plusieurs d’entre nous ont représentés que le Rituel manquait dans bon nombre de  paroisses et que la dernière édition faite il y a plus d’un siècle étant épuisée, elles étaient dans l’impossibilité de s’en procurer ». Mais ne cherchons pas là une échappatoire facile pour nous dédouaner d’une investigation envisagée comme déjà trop longue !

Les éléments de comparaisons :

a – Lettres dominicales :

   Pour l’année 1800 ‘la lettre dominicale’ est ed sur le cadran Maufay, mais l’année 1800, année séculaire,  n’est pas divisible par 400 , c’est la lettre E qui aurait dû figurer ?
Les années bissextiles 1804, 1808…où l’intercalation d’un jour à la fin de février, fait donner aux années de cette espèce, deux lettres l’une  du 1er janvier à la fin février, l’autre pour le reste de la fin de l’année.

b – Epactes :

Pour l’année 1801, le chiffre 16 de l’épacte devrait-être en réalité le 15 ;  nous relevons ce même dernier chiffre sur l’ensemble de notre tableau pour cette année. En 1805 l’épacte de 27 n’est pas exacte ? De même en 1806 pour le chiffre 8, et en 1807, 1908, 1809, et  sur la totalité de cette colonne ?

Méconnaissance  réelle du sujet? Je commence à émettre encore quelques doutes sur le réalisateur.

bas du cadran

10 – A gauche : comme dans un petit cartouche, une demande sibylline : monsieur Rôquein vous Sorées la bonnté 1800 lan 8 de la République Francaise fini le 7 de janvier dé .mé . es.

Le bas du cadran :

 

11 – Au centre : Dans un cercle au milieu de l’hexagramme le sept du pôle septentrional.

12 – A droite : fait Par Moy Pierre Maufay de Courcemont demurant danes La Rue des Rongères Commes Je soit Un Pauvre Payzans qui na pas euse détude pour faires plusiers dessins mais je fait tout mon posybles

D’où vient cette naïveté ?
Il  nous reste dorénavant à prouver que Maufay est bien le réalisateur de l’objet, la partie gnomonique semblant « normale », les deux cartouches ayant pu être complétés sur un cadran abandonné non fini, comme l’ébauche d’un graphique à droite (echelle de 400) pourrait le laisser supposer ?

Restent à étudier les photos 13 ; 14 ; 15 ; 16. La « calligraphie » est semblable sur ces trois photos.

13 – hater doit egllies

14 – echelle de 400

15 – « lignes equinoxiales ou le »

un gentil soleil

17 -En haut à gauche, un gentil soleil surmonté d’une croix ?

 

Voici quelques questions posées sur les inscriptions relevées. Des indices me conduisent à des hypothèses :

  1. M. Maufay habite Courcemont en 1800 ; il récupère un cadran (où ?) lequel n’est pas terminé.  Il y introduit « son savoir » : le tableau qui est faux (photo 9) et quelques indications aperçues sur les photos 13, 14, 15.
  2.  L’écriture est la même, certaines lettres peuvent être comparées à celles de sa  signature sur certains actes, selon Jacky Liberge.
  3. Les textes des deux cartouches sont de lui également, mais dépassent les cadres. D’ailleurs le cartouche  de gauche (photo 10) était plus avancé dans le décor  que celui de droite (12). La place est ‘récupérée’ pour l’introduction des textes.
  4. Qui a trouvé l’idée du tableau (photo 9) des épactes et des lettres dominicales, Maufay ou le  curé du village ?

  La construction des phrases voisines de celles du patois local sont en opposition avec le savoir nécessaire aux calculs et à la précision requise pour la  réalisation gnomonique de l’objet. La gravure des lignes, la relative finesse des traits, la composition des dessins ne vont pas de pair avec la phrase : « Commes Je soit Un Pauvre Payzan qui na pas euse détude pour faires plusiers dessins   mais je fait tout mon posybles » .

Dans le  cartouche de gauche : monsieur Rôquein vous Sorées la bonnté   1800 l an 8 de la République
Francaise fini le 7 de janvier dé .mé . es
. (Qui est ce monsieur Rôquein ? et la bonté de quoi ?)

J’ajoute que grâce à M.Jacky Liberge, connaisseur de son histoire locale, nous pourrons un peu mieux appréhender le profil de ce Monsieur Maufay :

Pierre Julien MAUFAY est né à Marolles-les-Braults le 11 février 1763. Ses parents Pierre MAUFAY (journalier) et Marie VERDIER se sont mariés le 21 janvier 1755 à Terrehault.
Il est dit domestique à son mariage le 9 mai 1791 à Courcemont avec Anne COSNARD, née à Beaufay le 22 janvier 1763 dont les parents Michel COSNARD et Anne EVRARD se sont mariés à Beaufay le 21 avril 1757. Pierre MAUFAY et Anne COSNARD eurent cinq filles, toutes nées à Courcemont entre 1792 et 1803, au lieu-dit La Barricade dépendant du hameau de la rue des Rongères. Au décès de leur fille Louise le 12 décembre 1805, la famille est toujours à Courcemont et nous les retrouvons au bordage de Bourgchemin à Courceboeufs au recensement de 1810. Pierre MAUFAY y est recensé comme journalier avec revenus annuels : néant.Anne décède le 4 juillet 1817 Pierre le 18 mai 1830 à Courceboeufs à l’âge de 67 ans.

Pierre MAUFAY ne signe pas à son mariage, sa première signature dont les majuscules sont identiques à celles repérées sur le cadran apparaît le 26 février 1792 à la naissance de sa fille aînée Anne Jeanne ( voir vue 358 de Courcemont).
Sur les actes de naissance ou décès des autres enfants, il ne signe plus en majuscules, cependant on peut reconnaître son écriture (vues 34 du 3 octobre 1793 , 172 du10 floréal an 5, 138 du 9 février 1796, 245-246 du 18 septembre 1798, 342 du 15 avril 1803 , 294 du23 pluviose an 13 pour Courcemont et vues 98-99 du 17 juillet 1829, 52 du 4 juillet 1817 pour Courceboeufs).

Quant au patronyme ROCQUAIN , trois pistes ont été envisagées sans qu’aucun lien avec Pierre MAUFAY n’ait été trouvé.
– René ROCQUAIN , tourneur sur bois, marié à Courcemont à Anne BESNARD (vue 105 de Courcemont et 126 de Ballon.
-Sieur Jean ROCQUAIN, propriétaire à Courcemont le 5 vendémiaire an 12 (délibérations de Courcemont p15 et 16, conseiller municipal par tirage au sort), marié à Louise BONTEMPS le 8 août 1808 à Courcemont.
-Un président du grenier à sel de Ballon à la même époque s’appelait également ROCQUAIN.

   Notre brave cadran suivra le nouveau propriétaire après 1800, depuis  Marolles les Braults, en passant par Dissé-sous-Ballon, pour terminer son voyage en 1961 au Mans, où il se trouve encore. 

Notes :

Rituel du Diocèse du Mans de Monseigneur Louis-André de Grimaldi in. Signé le premier mai 1775, par Monseigneur Rolland. M 4°85. Médiathèque Louis Aragon Le Mans. (Merci aux  ‘amis’ du Service Patrimoine pour l’aide efficace apportée)

Au Mans chez Monnoyer

PGJ  Site internet Calcul date  de Pâques et éléments du comput ecclésiastique.

Rituel du Diocèse Evreux publié en 1741 Internet

Annuaires de la Sarthe de 1800 à 1820.  Médiathèque Louis Aragon, le Mans.

Lettre dominicale : représentation des jours de la semaine, pour une année donnée. Les sept premières lettres de l’alphabet correspondent à chaque jour de la semaine, en répétant le cycle tous les sept jours, en commençant par A pour le 1er janvier. La lettre dominicale de l’année correspondant aux dimanches de celle-ci.

  Dans le calendrier grégorien une année, est dite bissextile, si elle est divisible par 4, sauf les années séculaires qui ne sont pas divisibles par 400 ; 1800, 1900 ne le sont pas.

Epacte : le nombre de jours qu’il faut ajouter à l’année lunaire pour qu’elle soit égale  à l’année solaire ou nombre qui exprime, chaque année, l’âge qu’avait la lune au moment où l’année précédente a fini.

Fait par moi. Patois manceau.

« Urgent l’église « 

Etude  généalogique sur Pierre Maufay.   Jacky  Liberge, que je remercie d’ avoir participé à cette recherche sur les origines du  cadran.