Le Mans – Horloges bollée

Ces horloges sont au nombre de trois, deux se situent au Mans et une chez M. Gérard Bollée à Asnières sur Vègre.
Sans vouloir refaire ici l’histoire de cette illustre Famille de Maîtres Saintiers, rappelons que Ernest Sylvain Bollée fondeur de cloches, pour se perfectionner en mécanique et étudier les horloges monumentales, s’était installé chez les Gourdin à Mayet en 1838, et ceci pour deux ans. Les Gourdin depuis Julien, étaient de très grands spécialistes en France des horloges d’édifices religieux ou publiques, et il parait tout à fait logique qu’Ernest  Bollée se soit rapproché de ces fabricants d’horloges puisque les cloches étaient liées à la détermination du temps, donc de l’heure. Ces deux activités de » fabrication  » étaient souvent complémentaires.
Mais nous sommes à la fin du XIXe, dans une société politique et sociale très mouvementée qui prend ses repères et codifie de manière parfois stricte le temps dans l’industrie, le commerce et les organismes publiques, les heures de travail, l’heure d’embauche, l’heure de la sortie. La détermination exacte de l’heure devient indispensable, une heure officielle est nécessaire applicable à tous et appliquée par tous. Mais pour ce faire il faut des règles, et il faudra des lois. Souvenons-nous de la note du préfet datée de 1839.

Le cadran A. Jagot au Jardin des Plantes (carte postale, extrait Archives municipales, Le Mans).

Le jardin d’horticulture :

Elle devait remplacer, au même endroit, le cadran à sonnerie de A. Jagot (vers 1905)    Ce dernier appareil était très intéressant scientifiquement, bien sûr, mais il intriguait surtout les Manceaux qui venaient y mettre leur montre à l’heure. L’inventeur avait pris la précaution d’indiquer à l’aide de notices, ce qu’est le midi vrai, le midi moyen, l’équation du temps, l’heure légale. Un cadran solaire classique accompagnait l’appareil. Et comme il était solidaire des différents mouvements mécaniques, il indiquait le temps moyen.  Mais la majorité des badauds ne retenait surtout qu’une chose l’appareil sonnait quand il était midi, et  que là était l’heure officielle…

C’est en 1912 que le cadran est  offert à la Société d’Horticulture par Amédée Bollée Père Il est installé à l’endroit  où nous le trouvons actuellement, dans le jardin français. Ce type de cadran est l’aboutissement logique de l’opposition entre heure vraie,  celle que donne un cadran solaire classique, et heure moyenne qu’indiquaient les horloges.  Il  était auparavant au square des Jacobins et avait été fabriqué à une époque où chaque ville réglait ses horloges en fonction du temps moyen du lieu. Rappelons-nous la lettre du Préfet Thomas de 1839 sur la manière de régler les horloges publiques à partir du cadran solaire. Connaître l’heure  allait devenir de plus en plus nécessaire avec le chemin de fer et  l’établissement des horaires des trains. Le journal Officiel du 15 mars 1891  instaurera une seule heure pour toute la France : l’heure moyenne de Paris.

Ernest et Amédée Bollée pensaient pouvoir vendre cette « invention » à différentes administrations. Le nombre de cadrans ainsi commercialisés n’est pas connu. Ils firent réaliser cette affiche publicitaire, dont le texte était ainsi rédigé :

Horloge Solaire :
La durée des journées solaires , c’est à dire le temps écoulé entre deux passages successifs du soleil au Méridien , n’est pas toujours la même ; ce phénomène résulte de la marche de la terre sur son orbite . Pour la commodité, on a cependant divisé les jours régulièrement  en parties égales et on a ainsi obtenu ce que l’on appelle le temps moyen ou celui des horloges . D’après ceci, on comprend facilement qu’à certaines époques de l’année l’heure donnée par les cadrans solaires ordinaires ne soit pas l’heure réelle des horloges , c’est à dire celle dont on a besoin »   » L’Horloge Solaire » représentée doit son nom justement à cette particularité que l’heure qu’elle indique est la même que celle des horloges et est lisible par tout le monde sans calculs ni instructions préalables . Elle est donc de première utilité pour les Villes , Communes , Châteaux et partout où il est utile de connaître l’heure exactement . Elle constitue en même temps qu’un instrument de précision un ornement pour les places publiques , les parcs et les jardins .   L’appareil est construit de façon à pouvoir être posé partout , dans tous les pays quelqu’en soient la latitude et la longitude et peut donner indifféremment l’heure des Chemins de fer ou de la localité.  Nous nous tenons à la disposition des acheteurs pour létude de l’emplacement et la pose de l’instrument . Le prix de l’horloge est de 600 francs.

Le cadran dans le jardin d’horticulture :

– un style-axe cylindrique orienté selon le Méridien du Mans
– une surface en arc de cercle concentrique : la table   .Elle est divisée en heures, 1/2 h
1 /4 h,  minutes ; depuis 7 heures du matin jusqu’à 5 heures du soir.  Un intervalle entre les deux chiffres XII correspond au diamètre du style-axe. L’ensemble de cette table est mobile et peut  effectuer une rotation  autour de l’axe.
Une platine permet d’apprécier l’équation du temps  grâce à quatre courbes : à gauche les mois de décembre , novembre , octobre , avril , mai  ; et à droite juillet , août , septembre , janvier , février ,mars . Une réglette, avec l’aide de deux manivelles  agissant en sens contraire,  fait coïncider les dates de 1 à 31 avec le mois. Cette translation horizontale entraîne en même temps une rotation de la table autour de AB avec avance ou retard sur l’heure solaire vraie pour obtenir le temps moyen. Il faudra bien sûr ajouter actuellement 1 ou 2 heures selon l’époque de l’année  (et enlever 48 secondes en tenant compte de la longitude) Mais ne soyons pas trop puristes  et contentons nous de regarder l’ensemble de cette horloge.

 

 

Le cadran solaire du Square Robert Triger Le principe de fonctionnement reste le même que celui du jardin d’Horticulture, avec toutefois un changement important quant au déplacement de la table, qui indique l’heure de Paris et des chemins de fer français. Nous avons là  une application de ce que commente  M. D. Savoie dans son article de Sciences et Vie  l’Heure française a Cent Ans (loi du 15 mars 1891): «  Aussi, bien avant 1891, les réseaux de chemins de fer avaient convenu de prendre le temps moyen de Paris comme référence «
Rappelons que l’affiche publicitaire pour la vente des horloges solaires nous annonce que « L’appareil est construit de façon à pouvoir être posé partout, dans tous les pays quel  qu’en soient la latitude et la longitude et peut donner indifféremment l’heure des Chemins de fer ou de la localité »  L’équation du temps avec lignes des mois et dates se réalise à l’avant de l’appareil et les mois sont tracés directement sur l’extérieur de la table.
L’opération journalière, demandée par Monsieur Bollée, n’est plus effectuée, et il ne vaut mieux pas régler votre montre sur la table du cadran, les différences théoriques pouvant atteindre 14 minutes en février et 16 minutes en novembre. Ce cadran est implanté sur un dallage de pavés de forme circulaire
Ce magnifique objet était installé dans le jardin des Jacobins mais en mars 1980, il prendra place dans le square R Triger (il a été déplacé après remise en état en 2000)   C’est en 1842 que le Préfet Mancel autorise E Bollée à exploiter une fonderie dans la commune de Sainte Croix (au Mans) Il s’associera plus tard avec son fils aîné Amédée (dit Amédée Père), et réaliseront le cadran que nous voyons maintenant au Jardin d’Horticulture. Cette Horloge Solaire à temps moyen devait être destinée aux villes et au Chemin de Fer, participant ainsi de manière efficace à la nouvelle organisation du temps à partir d’une heure uniformisée sur l’ensemble du territoire. Mais l’avènement du télégraphe enraya la  propagation de la commercialisation.

Carte postale : le Cadran aux jacobins collection particulière

Le 8 mai 1882   M. Ernest Bollée Père écrit  à Monsieur le  Sénateur Maire du Mans, Louis Cordelet  :
  « Au mois de janvier dernier, j’ai eu l’honneur de vous dire que je commençais la construction d’une horloge solaire de mon invention et que je désirerais offrir à la Ville du Mans le premier exemplaire de ce nouveau système  …
      Je n’y mets que les conditions suivantes :  L’horloge sera placée dans le jardin des Jacobins près le grand Rocher. Tous les matins, un gardien du jardin devra faire faire un petit mouvement aux deux vis destinées à rectifier les différences du temps vrai au temps moyen et suivant les lignes tracées sur l’horloge. Cette opération facile n’exigera qu’environ deux minutes chaque jour « .
La réponse du Maire :
         Aujourd’hui Monsieur Bollée a achevé son oeuvre et il est prêt à faire à ses frais les travaux d’installation. Monsieur Bollée dont le génie inventif honore la ville du Mans, devenue depuis plus de quarante ans sa patrie d’adoption, tient à lui laisser un souvenir. Son horloge sera une des curiosités de notre beau jardin des jacobins

Un élément du cadran démonté par Monsieur Duchemin en 2000

 

 Le jardin d’horticulture

 

 

      

 

 

 

           

 

 

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