Verneil le chétif

Le réalisateur du cadran : Lucien Victor Dezécot  (1851-1932)

Dans le  Bulletin municipal de Verneil du 8 décembre 1992 M. Morin lointain cousin de M. Dezécot écrit : « Lucien Victor Dezecot est né à Verneil le 11 août 1851,de parents cultivateurs,  au lieu dit La Cannerie, petite ferme située en bordure du chemin rural qui va de Sainte Marthe à la Renaudière, route de Lavernat. J’ai souvent entendu parler de ce cousin considéré comme un érudit, doué d’une grande intelligence. Il était un autodidacte qui a travaillé seul pour s’instruire en s’intéressant plus particulièrement à l’astronomie et aux fuseaux horaires, ainsi qu’au passage du méridien- origine de Greenwich, dont il avait calculé la  position dans sa traversée de la Sarthe »  

 

 

Table rectangulaire en ardoise de 1410×1110  mm

Ce cadran indique l’heure solaire vraie et le temps moyen. Sur la table rectangulaire en ardoise de 1410×1110 sont gravés en haut et de chaque côté du style :

CADRAN SOLAIRE A HEURE CIVILE (à g.), ET A TEMPS VRAI (à d.)

à droite au bord : Dezecot Verneil 1880

Les détails du « Style ou Gnomon»(1)  sont très intéressants : la fente rectiligne (2)  engendre un trait de lumière qui va indiquer l’heure solaire vraie à Verneil (4), tandis que le point lumineux (5) issu du trou rond (3)sera pris en compte sur la ligne courbe pour indiquer le temps de l’horloge  ou de votre montre, et le moment de l’année où nous nous situerons, ceci aux différentes saisons Automne (6) Printemps (7) Eté (8) Hiver (9)

Ce cadran reflète bien les soucis d’une époque où l’accélération des découvertes et de leurs applications précipitent les raisonnements sur le décompte du temps. Alors que depuis 1641 avec Louis XIV, les horloges sur l’étendue du royaume doivent être réglées selon la marche du soleil, avec l’avènement des horloges mécaniques, (dans la Sarthe au XV e  ou XVI e le plus souvent), les problèmes vont se compliquer. Qui doit-on croire ?  Le cadran solaire, notre repère depuis de si nombreuses générations ou cette mauvaise mécanique invention purement humaine rarement en accord avec l’horloge solaire, et qui  en plus se détracte souvent !

Sujet de discussions locales, ou de conflits avec des arguments qui avec le recul font sourire.

C’est l’horloge mécanique qui triomphera après bien des années d’incertitudes.

   En 1816 le temps officiel en France est le temps moyen local, donc le temps d’une horloge de qualité et bien réglée. Mais hélas ce n’est pas encore le cas, pour le temps des horloges. D’où une circulaire du Préfet de la Sarthe en 1839, pour essayer de mettre tout le monde d’accord,  et donner la marche à suivre de manière courtoise. C’est ainsi que  ce cadran de Verneil prend toute sa place.
«  Le Bureau des longitudes, publie chaque année un annuaire au prix modique d’un franc. Parmi les documents utiles que contient cet annuaire, se trouve un calendrier qui indique pour chaque jour l’heure qu’une horloge réglée sur le temps moyen doit marquer à l’instant où le cadran solaire marque midi.[…]. Monsieur le Ministre a pensé qu’il serait nécessaire que toutes les communes du Département, au moins celles que traversent les coursiers de l’Administration des Postes et qui possèdent une horloge, se procurassent l’annuaire dont il s’agit, et que la personne chargée de la régler  eut soins, sinon chaque jour, au moins plusieurs fois par semaine, de rapprocher les indications du cadran solaire de celles de l’annuaire ».

Mais en 1839, il est déjà trop tard, d’autres découvertes vont modifier la transmission de l’heure. Le télégraphe et l’installation du chemin de fer entre autres, vont changer nos comportements face aux régulations du temps.