

Sur la façade de l'église de Parigné l'Evêque où le cadran et l'horloge cohabitent depuis longtemps le décalage entre les heures indiquées par l'horloge et par le cadran fait douter les habitants de l'exactitude de l'un et de l'autre ...
Les cadrans d'églises sarthoises sont en général assez stricts dans leur aspect visuel. Les traits sont noirs ainsi que les chiffres des heures, le style en métal est sobre, rectiligne et l'ensemble est gravé directement sur la pierre ou réalisé sur un mortier à base de chaux. Point de fantaisie : l'heure qui passe se contemple sérieusement. Sur les cadrans en ardoise le sujet est traité de façon plus souple, le dessin, les couleurs, égayent l’ensemble.
Survolons le Siècle du Roi Louis XIV où toutes les horloges depuis 1641 , doivent être réglées suivant le cours du soleil , puis celui du siècle des lumières où la science détrône la métaphysique , pour constater que la Gnomonique fera l'objet d'une importante littérature spécialisée de la part d'ecclésiastiques , de mathématiciens , d'architectes du Roi .


Rêverie de Fragonard, Musée Frick New York
Tableaux XVIIIe

Aux XVI et XVIIè les cadrans Sarthois verticaux ou horizontaux sont tracés sur une surface plane, la Table, sur laquelle sont gravées ou peintes les lignes horaires, ils comportent une tige métallique ou l'arête d'un corps, le style dont l'ombre projetée sur la table marquera les heures. Les lignes horaires convergent vers le centre du cadran où le style prend naissance. Parfois ce centre se situe en dehors de la table. En ce qui concerne les cadrans verticaux sur les façades d'églises ou de châteaux, la position de la surface sur laquelle ils sont réalisés est très importante car on trouve rarement une façade exposée "plein Sud". Ces cadrans sont dits déclinants.
le cadran est un objet qui doit indiquer l'heure, la vraie, celle du soleil, par des méthodes mathématiques liées à l'astronomie, il laisse place, sur sa surface, à un peu de fantaisie. Il est fréquent de voir dans ses angles, ou concentriquement au style, des sculptures, des gravures qui représentent les signes du Zodiaque, la lune, le soleil, des scènes de la vie des champs ou même le passage de comètes. Les cadrans inspirés par les Jésuites possèdent souvent le monogramme IHS. Suivons le Docteur Dubreuil : "On sait que ce monogramme est de date relativement récente et que c'est au temps de Saint Bernard qu'il se propagea dans les pays latins. D'origine grecque, il est composé des trois premières lettres du mot IHSOYS. Cette interprétation ne tarda pas à être déformée en JHS pour Jésus Hominum Salvator"
PRESENTATION
La majorité de nos églises sarthoises possédait un cadran solaire de réalisation plus ou moins élaborée, en fonction de l’époque de la confection. La manière de vivre selon le soleil fut encore très présente dans nos campagnes jusqu’à la guerre de 39-45. Il est amusant de trouver sur des linteaux de portes de maisons rurales, les vestiges de gravures de lignes horaires accompagnées d’un gros clou pour indiquer l’heure. Les grandes évolutions dans la détermination du temps, accompagnent les transformations dirigées des sociétés .Liée au Soleil, spirituelle, personnelle ou affective, cette recherche deviendra mécanique et artificielle, avec l’avènement de l’horloge, qui découpe le temps en unités de plus en plus petites . Les modes de vies seront assujettis à la planification des «emplois du temps », appliqués à un groupe, une collectivité, qui participent à la réalisation de systèmes plus précis mais plus contraignants pour chaque individu. De raisonnements locaux, limités, au château, au village à la ferme nous sommes passés à des rapports avec la Province, le Royaume, la Nation, le Monde, qui nécessitent d’autres repères moins statiques. Le temps va épouser la vitesse et les phénomènes qui apparaissent en mouvements permanents.
Chronologiquement il est nécessaire de reparler de ces objets témoins de notre Passé :
Depuis la plus haute Antiquité, une des grandes préoccupations de l'Homme, fut celle du Temps.
Le soleil, les étoiles, l'ombre d'un objet sur le sol ou une surface quelconque autant de sujets d'observations, d'analyses et de réflexions matérielles ou philosophiques qui procèdent de phénomènes naturels accompagnant le développement des sociétés humaines . Observer les différentes positions du soleil à certains moments de l'année, examiner le renouvellement d'un cycle lié au retour d'une saison et à la longueur d'une ombre, furent parmi les grandes préoccupations des premières civilisations.
Les études géographiques nécessaires à l'orientation, puis au temps, naissent du Temple chez les Sumériens. Les Astronomes d'Assyrie et de Babylonie étudieront le déplacement apparent du soleil dans les différentes constellations et mettront en évidence la notion d’un univers régi par des cycles qui se répètent identiques à eux mêmes.
Les Egyptiens et les Grecs emprunteront à ces civilisations mésopotamiennes quelques éléments des connaissances acquises en ces domaines.
L'organisation du temps, "écoulement" du jour de la nuit de l'année etc.. évoluera avec les hommes, les besoins des sociétés et bien évidemment souvent de manière passagère et fictive. Le temps va petit à petit se fragmenter et se codifier.
J'aurais été heureux, durant cette investigation, de retrouver un cadran portatif romain , comme ceux qu'emportaient les légions durant leurs conquêtes , ou même un cadran des premiers monastères ... mais rien. Le temps efface tellement de choses « PULVIS ET UMBRA »
Pourtant l'organisation spirituelle et matérielle de la vie du Moine, telle que l'a décrite J . Biarne dans son étude sur le Temps Chrétien, nécessite des points de repère pour l'application des différentes règles du Maître ou de Saint Benoît. La référence de départ de la journée peut être le chant du coq, comme chez les Romains Gallicinium, les moines chargés de déterminer cette origine sont appelés Vigigallos. La journée, la durée du sommeil, les heures des repas et la position des offices peuvent être réglés à partir d'un cadran solaire, d' une clepsydre ou de tables déterminées .