Il faut rappeler l'intérêt porté par le XVIIIème à ces Méridiennes dans une société qui s'organise. Comme nous l'avons dit il est nécessaire de connaître le Midi vrai. A Paris Jean Dominique Cassini avait établi la Méridienne de l'Observatoire dès 1678, Henry de Sully en 1727, débutait la méridienne de l'Eglise Saint Sulpice (Méridiennes horizontales), pour donner aux Parisiens " un moyen praticable et à la portée de tout le monde, pour connaître avec justesse tous les jours de l'année, l'heure vraie du Soleil, à quoi doivent se rapporter tous les instruments dont on se sert pour la mesure du temps et surtout les Horloges Publiques"
Il existait au moins jusqu'en 1923 un cadran solaire, ou plus exactement une Méridienne de temps vrai en cette ancienne Abbaye.
L’organisation spirituelle et matérielle de la vie du moine nécessitait la connaissance de points de repères pour l’application de la règle de Saint Benoît. L’observance de la Règle, conduisait à une notion précise, mais néanmoins fluctuante, des heures des offices en se référant au soleil, avec des durées différentes en fonction de l’époque de l’année. La vie monastique qui adapte la prière, le sommeil, le jeûne et le travail dans le cadre de la journée, se positionne sur une série d’offices depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher. La fragmentation de ces « espace-temps » pouvant être obtenus à l’aide des clepsydres et des sabliers.
La méridienne aurait pu déjà être établie avant le XVIIIe siècle, si nous adoptons la datation de la tour fin XVe début XVIe selon Triger. Le tracé de la ligne verticale encore visible sur les photos, atteste d’une méridienne de temps vrai, donc avant l’introduction de la courbe en forme de 8 par Grandjean de Fouchy en 1730. Le développement des méridiennes (particulièrement des méridiennes horizontales) accompagnera la venue des horloges mécaniques. La description qu’en fit dom Bedos dans l’édition de la Gnomonique Pratique de 1780 en souligne l’intérêt : Les méridiennes font devenues fi fréquentes depuis quelques temps que nous avons cru faire plaifir au Public de traiter cette matière affez en long. Il aurait été tentant d’attribuer l’établissement de cette méridienne à dom Bedos de Celles, à l’époque des transformations mauristes de Saint Vincent, mais rien en ce domaine ne nous permet actuellement de l’affirmer.
Un disque métallique percé d'un trou (œilleton) est maintenu sur la façade par trois pieds (tripode) à distance et position angulaire déterminées (ici 42°) ; lorsque le soleil est au méridien, les rayons lumineux passent par ce petit orifice, et projettent tous les jours sur le mur un point lumineux sur une ligne verticale : ligne de Midi vrai. En fonction de l'époque de l'année, donc de la hauteur du soleil sur l'horizon, ce point est plus ou moins haut sur cette ligne, avec deux positions extrêmes aux solstices d'été et d'hiver. Sur les deux photos la ligne verticale est encore bien visible. A partir des dimensions relevées sur la photo des Archives et des cotes d’encombrement observées in situ, une extrapolation nous conduirait à proposer quelques chiffres : un diamètre du disque de 250mm, pour une hauteur de la ligne de midi vrai de 3000mm, donc une méridienne assez importante.
Dans la cité, les problèmes de l’heure deviennent également préoccupants ; les populations qui avaient l’habitude de réguler leurs activités sur les signaux sonores des cloches de l’abbaye ou de l’église proches sont désorientées « Solis mendaces arguit horas » selon la devise des horlogers du XVIIIe siècle.
Nous serons toujours, et pratiquement dans la Sarthe, sous le temps du Roi Soleil, qui depuis 1641, avait fait régler les horloges du royaume « selon la marche du soleil » et ceci jusqu’en 1891. Il faut dire que l’horloge mécanique eut des débuts chaotiques, les rouages grossiers étaient peu précis, le « calage » de l’heure était souvent nécessaire à partir d’un cadran solaire. L’habitude, ce frein à l’adaptation et au progrès, perdurera même après l’adoption des fuseaux horaires.

ABBAYE SAINT VINCENT