Vers de nouveaux régulateurs

 – Extrait de la revue Maine Découverte n°64 –

La substitution du télégraphe électrique au télégraphe aérien ne pouvant se faire que progressivement, il parut avantageux d’avoir au début un appareil électrique reproduisant les signaux du télégraphe de Chappe. Et c’est ainsi que l’administration adopta en 1845 l’appareil de Bréguet-Foy, télégraphe dans lequel les signaux sont formés par les diverses positions de deux aiguilles qui imitent les deux ailes de notre système Chappe.

Le progrès fait peur avec sa cohorte de conséquences induites et engendre aussi des propos ahurissants ou simplement amusants. Cette attitude devient comique quand on lit dans ce même article de 1833 : L’application des courants galvaniques dirigés par des fils de fer peut être innombrable dans l’économie publique et privée. Ainsi on pourra régler l’heure dans les villes. On sait que toutes les horloges de Paris mettent régulièrement une heure à sonner minuit. On aurait à l’Observatoire une montre réglée sur le méridien et à l’aide d’une pile et de fils de fer qui communiqueraient avec les horloges, on les ferait toutes sonner simultanément. Les personnes qui voudraient avoir l’heure exacte pourraient faire passer dans leur appartement un fil de fer comme l’on fait passer un tuyau à gaz.

Heureux temps que celui des cadrans solaires régulateurs des horloges publiques!

Il faut donc bien régler les horloges de manière uniforme, tout de même !

Aujourd’hui l’heure est connue de tous et met tout le monde d’accord, mais pourquoi chercher encore “midi à quatorze heures” ? Les montres digitales du XXIe siècle n’ont souvent plus d’aiguilles, elles ne comportent plus que des chiffres qui défilent à grande vitesse, elles ne marquent plus que l’Instant, l’exact et précis moment présent, comme si l’avant et l’après étaient les signes d’un autre temps.

    En 1816 : le temps légal en France est celui du “temps moyen local”. Ainsi quelques problèmes peuvent se clarifier. Ayant une référence, les horlogers locaux peuvent au moins régler les horloges des églises ou des quelques bâtiments administratifs qui en possèdent. La province n’est pas pressée d’appliquer les directives, chaque ville ou chaque village vivant à son heure (celle du soleil). .Il faut dire tout de même que cette tradition était assez douce, agréable et facile à comprendre puisque naturelle : suivre le déroulement d’une journée, régler ses activités sur la marche du soleil, un programme vieux comme le monde ! Mais les découvertes, l’enrôlement des individus dans ces sociétés nouvelles avides de rendements pratiques, ne laissent plus de place à l’incertitude. Il faut des règles, il faut des lois, il faut régler le Temps ! Le temps moyen local ne règle pas tout, bien qu’étant une amélioration locale appréciable, celle-ci ne sera plus suffisante et deviendra vite obsolète ; nous ne sommes qu’en 1816, et déjà de gros nuages se rapprochent : le chemin de fer et le télégraphe

Les cadrans de Pezé le Robert de 1846 et celui 1880 de Verneil le Chétif seront ainsi les deux cadrans significatifs de cette période ; l’accélération apparente du temps en cette fin du XIXe siècle entraînant évidemment la disparition progressive de cet élément régulateur.
Mais que se passait-il parallèlement durant cette période glorieuse des dernières luttes pour sauvegarder une horloge solaire servant d’étalon pour le réglage des puissantes horloges mécaniques ? L’heure sera bientôt connue à l’aide du télégraphe qui dispense celle-ci à la gare!
Une révolution est en marche, rien ne pourra plus la stopper. Le chemin de fer s’installe, et en même temps, surtout, les lignes télégraphiques grâce aux poteaux placés le long des voies.

   Attention, nous sommes au pays de Chappe et nous pouvons encore défendre le télégraphe optique !

Néanmoins un espoir, ou un sursis, va apparaître avec la note envoyée aux maires du département par le Préfet de la Sarthe en 1839, où ce dernier fait encore référence à un cadran solaire pour le réglage des horloges officielles.

Le Préfet du Département de la Sarthe, Chevalier de la Légion d’honneur , à Messieurs les Maires
    Messieurs, l’Administration des Postes vient dans l’intérêt du service dont la direction lui est confiée, d’appeler l’attention de Monsieur le Ministre de l’Intérieur sur la nécessité de faire régler d’après un système uniforme toutes les horloges communales. Les rapports des inspecteurs des postes constatent que ces horloges sont réglées aujourd’hui, tantôt d’après le temps moyen, tantôt d’après le temps vrai, tantôt d’après un système mixte , et que souvent même on ne suit aucun système .

Ce défaut d’uniformité est cause qu’à une distance de quelques lieues, les horloges publiques présentent une différence de 15 20 et même 30 minutes et plus. De là des retards préjudiciables pour les services publiques, comme pour les particuliers notamment en ce qui concerne le commerce. Il est donc désirable, que toutes les horloges des  communes que traversent les coursiers , soient réglées d’une manière uniforme . Quant au système qu’il convient d’adopter,  il résulte des renseignements pris auprès des personnes compétentes, pour décider la question que c’est d’abord d’après le temps moyen et non d’après le temps vrai, que les horloges communales doivent être réglées. C’est ainsi qu’on opère pour les montres fines appelées « garde temps » . Reste à indiquer comment  on pourra dans toutes les communes du Royaume se procurer facilement et d’une manière certaine, l’indication du temps moyen. A cet égard, voici ce qui parait le plus convenable. Le Bureau des longitudes, publie chaque année un annuaire au prix modique d’un franc . Parmi les documents utiles que contient cet annuaire, se trouve un calendrier qui indique pour chaque jour l’heure qu’une horloge réglée sur le temps moyen doit marquer à l’instant où le cadran solaire marque midi. Ainsi par exemple  pour le 20 Février on trouve page 10 dans l’annuaire de 1838, dans la colonne intitulée Temps moyen au midi vrai, le nombre de 14 minutes et 3 secondes. Cela signifie, que le 20 Février 1838 à l’instant précis où le soleil a marqué midi, une horloge bien réglée d’après le temps moyen a dû marquer midi 14 minutes et 3 secondes . Monsieur le Ministre a pensé qu’il serait nécessaire que toutes les communes du Département , au moins celles que traversent les coursiers de l’Administration des Postes et qui possèdent une horloge, se procurassent l’annuaire dont il s’agit , et que la personne chargée de la régler  eut soin, sinon chaque jour, au moins plusieurs fois par semaine, de rapprocher les indications du cadran solaire de celles de l’annuaire . Je recommande surtout à Messieurs les Maires du Département, de se conformer avec soins, aux inscriptions ci dessus. Plusieurs services autres que celui des Postes sont intéressés à ce que les horloges publiques soient réglées avec le plus grand soin, et d’une manière uniforme.
     Agréez, Messieurs l’assurance de ma considération distingué .
                          
                           Le Préfet de la Sarthe :     Thomas

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